Autoconstruction et multigénérationnel

Autoconstruction et multigénérationnel

Il y a environ un an de ça, on a décidé de se lancer dans la construction de notre première maison. Vous l’aurez deviné, madame est trop difficile et le seul moyen d’avoir ce qu’elle voulait était de partir à zéro. Je réalise que je lui en fais vivre des choses à mon homme. Rendu-là, c’est un saint quoi. Pour en rajouter sur tout ça, on a même décidé de faire un logement dans le sous-sol. Vous me direz ce n’est pas si pire un logement, mais il vous manque quelques morceaux à l’histoire…

Lorsqu’on a décidé de commencer ce projet de vie, une décision familiale a été prise. Nous allions offrir à mes parents de vivre dans le logement du sous-sol. Avec l’emploi exigeant de mon père et la santé délicate de ma mère, c’était plus apaisant mentalement de les savoir proche comme ça. L’aventure a donc commencé au printemps dernier : coup de pelle, solage et maison préfabriquée. L’équipe principale de travailleurs se résumait rapidement à moi, mon chéri et mon père. Nous avons également reçu l’aide gracieusement appréciée de notre entourage lorsqu’il fallait donner un coup d’extra sur les travaux pour avancer le plus rapidement possible. Parce que vous l’aurez deviné, en plus de tout ça on avait une date butoir à respecter : le premier juillet. Comme c’est notre première maison, nous quittions un appartement. Ce n’est pas comme lorsque tu vends une propriété et que tu choisis quand tu rentres dans la nouvelle demeure. Là il est fixe ce bon vieux premier juillet. On coursait ainsi pour qu’au moment-dit, on ait un toit et de l’eau courante. Chose réussie d’ailleurs, avec toute l’aide précieuse que nous avions eu nous avons déménagé dans une maison vivable. Le petit bémol dans tout ça, c’est que mes parents ont dû également quitter la maison qu’ils louaient le premier juillet eux aussi. On s’est donc ramassé à vivre tous ensemble, il y a environ six mois.

Du plus loin que je me souviens, j’ai toujours eu une belle relation ouverte avec mes parents. On pourrait même la qualifier de « parfaite ». D’un autre côté, je me rappelle toujours avoir eu une mentalité, une vision, une opinion de la vie différente de la leur. Est-ce que c’est une question de génération? Va savoir, ici n’est pas la question, mais un constat. En quittant le domicile familial à 17 ans, j’ai découvert comment d’autres cercles familiaux fonctionnaient. En faisant toujours preuve d’ouverture d’esprit, on finit forcément par trouver des violons qui s’accordent mieux au nôtre. Au fil du temps, j’ai finalement emménagé avec mon homme et j’ai donc depuis les dernières années, créé mon petit quotidien qui va parfaitement avec mon train de vie. J’ai même cultivé confortablement quelques mauvais plis.

Plus le temps a coulé et plus mes habitudes, ma routine, mon confort se sont éloignés de ce que j’ai connu autre fois lorsque j’habitais chez mes parents. Je n’étais pas prête à ce brusque retour dans le passé. Comment ai-je réussi à passer 17 ans comme ça? Comment vais-je passé au travers des semaines en attendant que le logement soit prêt à les accueillir? Je me sens que je vais exploser! Et mon pauvre chéri qui n’a rien demander de tout ça en plus. C’est injuste, j’ai envie d’être son héroïne sur un cheval blanc qui va le secourir. Je ressens un étrange mélange de culpabilité, de dépassement, de colère. Il est où le positif dans ta brillante idée d’autoconstruction là ma grande. Tu fais ta bien fine devant tout le monde, mais en dedans ça bouille par moment. Vient un point de non-retour, pour ta propre santé mentale ma belle, il va falloir que tu acceptes que tu ne sois pas faite pour vivre avec tout le monde. Il va falloir que tu respires par les deux narines très profondément et que tu acceptes qu’ils soient différents de toi. Comme un jour, tes propres enfants pourront passer par les mêmes émotions que toi. Il va falloir que tu sois plus forte et plus grande encore, parce que c’est le meilleur moyen que tu vas pouvoir leur dire à eux aussi : c’est correct, parce qu’on s’aime quand même. Parfois, je n’ai pas envie de leur parler, mais c’est correct ça va passer. Parfois, je n’ai pas envie de les entendre, mais c’est correct ça va passer. Parce que tu es différente, tu as ton propre chemin et tes expériences à toi, c’est correct.

J’ai dû prendre quelques moments seuls avec moi-même. De longues minutes de réflexion, parfois seule dans ma voiture, d’autres fois au boulot entre deux gorgées de café, pour calmer le petit volcan que j’avais dans le ventre. Il est toujours là, dormant, sans bruit, attendant un tremblement de terre pour s’activer. Il va falloir continuer sur la bonne voie. Je vais peut-être avoir besoin d’une cure éventuellement, lorsqu’ils seront partis vivre dans mon logement. Mais d’ici là, ouvre grand tes narines parce que tu poses encore de la laine minérale.

La Bohème
Aventurière dans l'âme, elle saura vous faire voyager à travers ses paragraphes d'un moment à un autre de sa vie, tout en restant sur ses pieds et bien à terre. Elle ajoutera son grain de sel et ses petits opinions sur la maternité à son image.